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Qui soutient le télétravail ?

La moitié de la France en télétravail. Une idée saugrenue ? C'est pourtant le potentiel de développement annoncé par le Centre d'analyse stratégique. Mais qui milite vraiment pour tel bouleversement ?

Selon le CAS, d'ici 10 ans, le potentiel de développement du télétravail pourrait concerner jusqu'à 50 % des emplois, du moins pour une partie de leur fonction. Ce chiffre a fait couler beaucoup d'encre, mais il est loin de faire l'unanimité. Employeurs, salariés, administrations,... chacun semble camper sur ses positions.

 

Employeurs : un intérêt mitigé

Augmentation de la productivité, diminution de l'absentéisme, fidélisation, modernisation des méthodes de management... les entreprises auraient apparemment toutes les raisons de favoriser le télétravail. Et pourtant, nous sommes loin d'un véritable engouement, avec 22 % des entreprises françaises pratiquant le télétravail, selon les derniers chiffres de l'INSEE*.

 

« On ne peut pas dire qu'il y ait un intérêt marqué des entreprises pour le télétravail », confirme Serge Le Roux, vice-président de l'Association Française du Télétravail et des Téléactivités (AFTT). Spontanément, les employeurs n'en verraient pas forcément les avantages et penseraient surtout à la complexité d'une telle réorganisation. « Pour l'instant, les chefs d'entreprise le connaissent mal ou ne veulent pas en parler, je le constate lors des conférences dans lesquelles nous intervenons. »

 

Officiellement le Medef est pour, puisqu'il a signé les accords interprofessionnels de 2005, mais leur réaction à la proposition de loi serait plutôt négative, notamment en raison des contraintes juridiques. « La position des entreprises varie en fonction de leur culture managériale, de leur maîtrise des technologies et des types de métiers », précise Damien Dufort, senior consultant pour le Cabinet Roland Berger et co-auteur du rapport « Le développement du télétravail dans la société numérique de demain ».

 

Salariés : entre curiosité et prudence

Les atouts du télétravail paraissent tout aussi nombreux pour les salariés : meilleure conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle, amélioration de la qualité de travail, diminution du stress, réduction des temps de transport,... Mais là encore, la tendance est à l'attentisme. « D'après les sondages, les salariés sont très favorables au télétravail, mais pour eux cela reste de l'ordre de l'utopie », remarque Serge Le Roux.

 

Quant aux syndicats, l'OBERGO a publié le 6 juin dernier une étude sur l'impact du télétravail, en partenariat avec la CFDT Cadres. Son Secrétaire général, Jean-Paul Bouchet, ne rejette pas le télétravail mais préconise avant tout la prudence. « Les conditions du succès ne sont pas faciles à réunir. C'est pourquoi il faut refuser les discours prônant le forcing (...). Les slogans « Tous télétravailleurs » sont toujours proches des slogans « Tous auto-entrepreneurs » », peut-on lire dans le rapport. Selon l'OBERGO, la réussite du télétravail exigerait des profils de salariés peu répandus : supporter l'absence physique de collègues, avoir un logement compatible, avoir signé un contrat de salarié en télétravail, disposer d'objectifs clairs,... L'OBERGO remarque par exemple que de nombreuses professions libérales (médecins, avocats,...) ont  choisi d'éloigner leur lieu de travail de leur domicile afin d'éviter l'interpénétration des activités. Un constat qui prouverait la nécessité de cantonner le télétravail à une faible part des travailleurs.

 

Du côté du public

Selon le gouvernement, le télétravail est une solution pour réduire les dépenses publiques, certains ministères étant priés de montrer l'exemple. Mais les initiatives tardent à venir. « Les administrations sont en attente d'un cadre mieux défini », explique Damien Dufort.

 

Et pour les collectivités locales, le télétravail répondrait surtout à des enjeux d'aménagement du territoire : favoriser l'installation de travailleurs en zone rurale et désengorger les zones urbaines. Depuis 1990, la DATAR lance régulièrement des appels d'offres pour la création de télécentres, le dernier étant celui de 2005, visant la création de 100 télécentres en deux ans. Or nous sommes loin du compte : seule une trentaine de télécentres sont aujourd'hui en fonctionnement. Il faut dire que télétravailler en zone rurale signifie pouvoir travailler quasiment à 100 % à distance...


Beaucoup de bruit pour pas grand-chose ?

50 % des emplois en télétravail, ce n'est donc pas pour demain ! « Tout le monde a applaudi lors de la sortie du rapport du CAS, pour autant il a été suivi de bien peu d'actions, regrette Serge Le Roux. Et ce constat fait peur au vice-président de l'AFTT. Selon lui, si la France ne rattrape pas son retard en matière de télétravail, notre compétitivité pourrait en être impactée : « d'autres pays initient de nouvelles manières de travailler, basées sur la confiance et la créativité. Or je vois mal comment nous pourrions améliorer notre position concurrentielle sans amorcer de vraies innovations sociales. Ma crainte est que nous restions sur le quai tandis que le train passe ! »

 

* INSEE Première, n° 1228, mars 2009 - Une entreprise pratique le télétravail si elle a des salariés qui travaillent au moins une demi-journée par semaine en dehors de ses locaux, en ayant accès au système informatique de l'entreprise par des réseaux électroniques.

 

Laure Marcus © Cadremploi - Juin 2010

 


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